Une assistante sociale de secteur aide la personne âgée à vérifier que son projet de cohabitation reste libre, compréhensible et compatible avec ses besoins. Elle repère les fragilités, ouvre ou actualise les droits, mobilise le CCAS, le CLIC ou le conseil départemental et alerte lorsqu'un accompagnement professionnel devient nécessaire. Elle ne choisit pas le cohabitant, ne garantit pas l'équilibre de la relation et ne transforme pas celui-ci en aide à domicile. La priorité reste un logement sûr, un consentement réel et une répartition claire des services attendus.

Comment intervenez-vous avant le début d'une cohabitation ?

L'assistante sociale de secteur : Je commence par écouter séparément les besoins de la personne âgée. Cherche-t-elle surtout une présence, une aide financière liée au logement, des échanges quotidiens ou une réponse à une perte d'autonomie ? Ces motivations peuvent se compléter, mais elles ne doivent pas être confondues.

J'examine ensuite les conditions concrètes : intimité de chacun, accès aux pièces communes, sécurité du logement, charges, organisation des absences et attentes concernant les services rendus. Il faut notamment vérifier que la personne âgée ne compte pas sur le futur cohabitant pour réaliser des soins, assurer une surveillance permanente ou remplacer un service professionnel.

L'organisme qui accompagne la cohabitation conserve son propre rôle : mise en relation, préparation du contrat, médiation et suivi selon son fonctionnement. Le service social intervient plutôt sur les droits, la fragilité et l'accès aux relais. Cette complémentarité rejoint les enjeux présentés dans notre entretien sur le lien social à domicile.

Quels signes peuvent révéler une situation à risque ?

L'assistante sociale de secteur : Un signe isolé ne suffit pas à conclure qu'une personne est en danger. C'est leur répétition, leur accumulation ou un changement brutal qui justifie une évaluation. Le portail public consacré aux personnes âgées recommande de rester attentif à la rupture des relations habituelles et aux difficultés croissantes dans la vie quotidienne.

Avant ou pendant la cohabitation, je prête notamment attention aux éléments suivants :

La cohabitation peut réduire un sentiment de solitude, mais elle ne traite pas automatiquement l'isolement social. Une personne peut vivre avec quelqu'un tout en restant coupée de ses proches, de ses activités ou des services publics. Les pistes de prévention sont détaillées dans notre dossier sur les solutions contre l'isolement des seniors.

Portrait éditorial d'une assistante sociale de secteur
Portrait éditorial de la personne interrogée.
## Comment articulez-vous votre intervention avec le dispositif de cohabitation ?

L'assistante sociale de secteur : Je distingue toujours trois cadres qui répondent à des besoins différents. La cohabitation intergénérationnelle solidaire encadrée par la loi ELAN repose sur un contrat et un projet de vie partagée. Elle ne relève pas de l'agrément d'accueillant familial.

Situation Objet principal Interlocuteur à mobiliser
Cohabitation intergénérationnelle solidaire Partage du logement, présence et services convenus Organisme porteur du dispositif, puis CCAS ou service social si une fragilité apparaît
Perte d'autonomie Évaluation des besoins et éventuel plan d'aide Conseil départemental, CLIC ou point d'information local
Accueil familial Accueil encadré et rémunéré d'une personne âgée ou handicapée Conseil départemental, avec agrément obligatoire

L'accueil familial relève d'un autre statut prévu par le Code de l'action sociale et des familles. Selon les informations de Service-Public.fr, l'accueillant familial doit obtenir un agrément du président du conseil départemental. Une évaluation à domicile porte sur les conditions matérielles, sociales, familiales et financières. L'agrément est accordé pour cinq ans et l'accueil est limité selon les règles propres à ce statut.

Il ne faut donc jamais demander un agrément d'accueillant familial simplement parce qu'une personne âgée souhaite partager son logement dans le cadre de la loi ELAN. Inversement, une cohabitation ne doit pas servir à contourner le statut d'accueil familial lorsqu'il s'agit réellement d'une prise en charge encadrée et rémunérée.

Quelles démarches administratives préparez-vous avec la personne âgée ?

L'assistante sociale de secteur : Je procède par priorités. Il est inutile de multiplier les formulaires si la demande principale n'est pas encore définie. Avec l'accord de la personne, je l'aide à réunir les pièces nécessaires et à identifier le bon guichet.

Un dossier de travail peut comprendre :

  1. une pièce d'identité et un justificatif de domicile ;
  2. les documents relatifs aux ressources et aux charges ;
  3. les notifications d'aides déjà reçues ;
  4. les coordonnées du médecin, des services à domicile et des proches à prévenir ;
  5. le contrat ou le projet de contrat de cohabitation ;
  6. un relevé écrit des services envisagés, des espaces partagés et des modalités financières.

Je conseille également de déterminer qui peut accéder aux informations administratives. Le cohabitant n'a pas automatiquement qualité pour consulter les dossiers sociaux, gérer les comptes ou effectuer des démarches au nom de la personne âgée.

La protection des coordonnées, justificatifs et données de santé doit être pensée dès le début. Notre guide sur les documents et données en cohabitation propose des repères pratiques pour éviter les accès trop larges.

L'APA peut-elle accompagner une personne âgée qui accueille un cohabitant ?

L'assistante sociale de secteur : L'APA est destinée aux personnes de 60 ans ou plus, résidant de manière stable en France, dont la perte d'autonomie est classée en GIR 1 à 4 avec la grille AGGIR. Les GIR 5 et 6 n'ouvrent pas droit à cette allocation. L'ouverture du droit n'est pas soumise à une condition de ressources, mais une participation financière peut rester à la charge du bénéficiaire selon ses revenus. Ces règles sont présentées par le site d'information du Gouvernement.

En revanche, il ne faut pas affirmer que l'APA finance automatiquement les dépenses ou les services prévus par un contrat de cohabitation intergénérationnelle. Le plan d'aide est construit à partir des besoins évalués par le conseil départemental. La personne doit donc vérifier avec le service APA quelles interventions sont prévues, qui peut les réaliser et quelles dépenses peuvent être prises en compte.

Le cohabitant ne devient pas, par sa seule présence, un professionnel de l'aide à domicile. Si la perte d'autonomie évolue, une réévaluation du plan d'aide peut être demandée au département. La situation doit être étudiée individuellement, sans transposer les règles propres à l'accueil familial agréé.

Une personne âgée et une aidante sociale consultent ensemble un dossier administratif
Le signalement d'un projet de cohabitation auprès du département se prépare à l'avance.
## Quels interlocuteurs solliciter en Drôme et en Ardèche ?

L'assistante sociale de secteur : Le CCAS est souvent le premier accueil de proximité. Il écoute, informe et oriente les personnes âgées confrontées à une difficulté sociale ou administrative. L'annuaire public des CCAS de la Drôme recensait 135 structures lors de sa consultation ; il convient d'y rechercher les coordonnées actualisées de sa commune.

Les CLIC sont des points d'information gratuits destinés aux personnes de plus de 60 ans et à leurs proches. En Drôme, des antennes territoriales sont notamment identifiées dans le Tricastin, en Drôme Nord et dans le Nyonsais-Baronnies. En Ardèche, le conseil départemental organise et finance les politiques liées à l'autonomie et s'appuie sur des relais territoriaux, dont les CLIC.

Le réseau MONALISA peut compléter ces services pour le repérage de la rupture du lien social et les visites de convivialité. Les communes et intercommunalités ont également un rôle structurant, expliqué dans notre article sur le logement solidaire et l'action des collectivités.

Jusqu'où peut aller l'accompagnement d'une assistante sociale ?

L'assistante sociale de secteur : Je peux évaluer la situation sociale, expliquer les droits, aider à constituer un dossier et coordonner des orientations. Je peux aussi attirer l'attention sur un risque financier, une perte d'autonomie ou des attentes incompatibles avec une cohabitation.

En revanche, je ne réalise pas de diagnostic médical, je ne valide pas juridiquement chaque clause du contrat et je ne garantis pas le comportement futur des occupants. Je ne remplace ni le médecin, ni le service APA, ni l'organisme de cohabitation, ni un professionnel du droit.

Mon intervention dépend également de la participation de la personne. Lorsqu'elle comprend la situation et peut exprimer son choix, son rythme et ses décisions doivent être respectés. L'objectif n'est pas de décider à sa place, mais de rendre ses options plus lisibles et plus sûres.

Quand faut-il solliciter sans attendre un relais professionnel ?

L'assistante sociale de secteur : Il faut demander une nouvelle évaluation dès que la cohabitation repose sur des tâches que le jeune occupant ne peut ou ne doit pas assumer. C'est notamment le cas lorsqu'une présence devient nécessaire la nuit, que les actes essentiels ne sont plus réalisés correctement ou que des soins réguliers sont attendus.

Un relais est également indiqué en présence :

Le CCAS, le CLIC ou le service social départemental peut alors réévaluer les besoins et orienter vers les professionnels compétents. En cas de danger immédiat, il convient de contacter les services d'urgence. La CNSA accompagne les départements dans la mise en oeuvre des politiques de l'autonomie, mais les décisions individuelles d'aide relèvent des services territoriaux compétents.

En pratique, une cohabitation solide repose sur trois piliers : un contrat compris, des rôles limités et des relais identifiés avant la difficulté. La présence d'un cohabitant est un lien humain précieux ; elle ne doit jamais devenir un système informel de soins ou de surveillance permanente.

Questions fréquentes

Quand faut-il solliciter une assistante sociale de secteur ?

Dès qu'un doute existe sur les droits, les aides mobilisables ou une situation de fragilité observée chez la personne âgée, avant ou pendant la cohabitation.

L'assistante sociale choisit-elle le cohabitant ?

Non, ce n'est pas son rôle. Elle accompagne la personne âgée dans ses démarches et son projet, sans se substituer au choix du cohabitant.

Quels signes de fragilité une assistante sociale surveille-t-elle ?

Isolement social, difficultés à assurer les démarches administratives, dénutrition ou négligence du logement font partie des signaux qui déclenchent un accompagnement renforcé.

Le CCAS et le CLIC ont-ils le même rôle ?

Non, leurs missions se complètent : le CCAS gère l'action sociale communale, le CLIC coordonne l'information et l'orientation des personnes âgées à l'échelle du territoire.

Que faire si l'accompagnement social ne suffit plus ?

Il convient d'alerter le conseil départemental ou un service médico-social compétent pour réévaluer le plan d'aide et mobiliser des relais professionnels adaptés.